Cosmétiques : que penser des parabènes ?

Les consommateurs sont inquiets et scrutent les compositions. Les vendeurs, par manque d’information fiable, ne savent pas toujours quoi répondre. Et tout le monde s’interroge sur la présence de parabènes dans des produits pourtant biologiques. Devant les proportions prises par la controverse, il apparaît important de séparer les rumeurs des faits établis, et aussi de resituer les véritables enjeux.

Quelle est l’origine de cette substance ?

Un parabène est un parahydroxybenzoate d’alkyle, c’est-à-dire un ester résultant de la condensation de l’acide parahydroxybenzoïque avec un alcool. Cette molécule synthétisée en laboratoire se retrouve également dans la nature, notamment dans certains aliments comme les fruits rouges, les haricots, les oignons et certaines céréales. En fait, tous les végétaux sont capables de produire de petites quantités d’acide p-hydroxybenzoïque. Les plantes sont bien connues pour synthétiser les substances qui leur sont nécessaires pour se prémunir des agressions.

Par ailleurs, les parabènes sont naturellement présents dans le corps humain en tant que précurseur du coenzyme Q10 (télécharger le dossier cholestérol). Notre organisme n’a aucune difficulté à en évacuer les excès.

De nombreux fabricants utilisent des plantes pour stabiliser leurs produits, mais les mentions sur l’étiquette sont normalisées et ne permettent pas au consommateur de savoir s’il s’agit de parabènes d’origine naturelle ou synthétique. La différence est pourtant cruciale pour le métabolisme (voir le livre « Cœur de nutrition » p. 60)

Ceci dit, ce n’est pas parce que c’est d’origine naturelle que c’est inoffensif pour l’organisme humain. Ce qui va faire la différence est surtout la quantité. De très faibles quantités sont suffisantes pour stabiliser des produits de qualité. Les quantités présentes dans de nombreux médicaments et même certains produits alimentaires sont nettement plus importantes. Cette omniprésence des parabènes est complètement éludée du débat porté par les associations de consommateurs sur le terrain des cosmétiques.

Le problème est que les crèmes constituent un milieu aqueux dans lequel les bactéries se développent facilement et risquent de corrompre le produit. Voilà déjà une cinquantaine d’années qu’on utilise les parabènes pour empêcher cela.

Pourquoi les parabènes sont à présent suspectés d’être cancérigènes ?

En 2004, l’AFSSAPS publiait un bilan mentionnant que « des études in vitro sur des modèles cellulaires ont mis en évidence les propriétés œstrogéniques des parabènes qui pourraient expliquer l’augmentation de l’incidence des tumeurs cancéreuses ». Depuis, l’agence sanitaire a tempéré ces déclarations, semant l’incertitude.

La polémique est arrivée avec les travaux du Docteur Philippa DARBRE, cancérologue à la Reading University au Royaume-Uni. Les résultats montraient que sur 20 échantillons de tumeurs du sein, 18 contenaient des traces de parabènes. L’étude a fait grand bruit et a été rapidement récupérée alors qu’il y avait lieu d’être très prudent.

D’une part, aucune comparaison avec des tissus sains n’a été effectuée. Pour établir un lien avec le cancer, il faudrait au moins savoir si les cellules saines contiennent aussi des traces de parabènes et en déterminer l’origine. Les quantités relevées sont très faibles comparées aux quantités présentes dans certains médicaments pris oralement. D’ailleurs, les parabènes observés dans la tumeur ne pourraient-ils pas provenir du traitement anticancéreux ?

D’autre part, l’échantillon de patients n’est pas représentatif, aucune mention n’est faite de la tranche d’âge des patients soumis à l’étude ni de la durée de cette étude. Une étude épidémiologique conduite ultérieurement sur des femmes présentant un cancer du sein n’a pas mis en évidence de relation entre cette pathologie et l’utilisation de produits cosmétiques. A ce jour, l’incidence des parabènes sur le cancer n’a toujours pas été prouvée.

Doit-on alors s’inquiéter de leur présence dans les cosmétiques ?

Chimiquement, on peut distinguer les parabènes à chaîne longue (butyl et isobutyl-paraben) de ceux à chaîne courte (éthyl et méthyl-paraben). Les études les plus récentes in-vitro et sur animaux semblent indiquer que les parabènes à chaine longue présentent des caractéristiques proches de celles des œstrogènes. A ce titre, ils pourraient exercer une influence mineure sur le système endocrinien, sans toutefois montrer d’effets sur les organes reproducteurs. A titre de précaution, on pourrait au moins éviter cette classe de parabènes. En revanche, une telle activité n’a pas été observée sur les parabènes à chaîne courte.

Le méthyl-paraben et l’éthyl-paraben sont les plus couramment utilisés. Ils sont présents dans 80% des cosmétiques en raison de leur efficacité antimicrobienne et de leur relative innocuité. Ils sont efficaces à faible concentration. Les réactions d’irritation, d’hypersensibilité sont quasi-nulles sur une peau normale et aux doses normales.

Ils sont peu enclins à s’accumuler dans les tissus cutanés parce qu’ils sont facilement hydrolysés, c’est-à-dire dégradés dans l’eau grâce à la dissociation ionique des molécules d’eau. Plusieurs études ont montré cette dégradation des parabènes après leur application sur la peau, bien que de faibles quantités soient effectivement absorbées.

Où en est la réglementation ?

Les parabènes étaient jusqu’à ce jour réglementés par la directive européenne 76/768/CE, transposée en droit français le 6 février 2001. Elle fixe notamment les doses à ne pas dépasser.

Le 3 mai 2011, l’assemblée nationale a adopté en première lecture un texte de loi qui stipule que « la fabrication, l’importation, la vente ou l’offre de produits contenant des phtalates, des parabènes ou des alkylphénols sont interdites ». Mais ce texte doit ensuite être voté par le Sénat. Le gouvernement n’y est pas favorable et pourrait faire pression. Par ailleurs, s’agissant d’un domaine réglementé par l’Union Européenne, il faudra encore que celle-ci ne s’oppose pas à ce qui pourrait faire figure d’exception française.

Rien n’est donc encore joué pour les parabènes. Même s’il est probable, devant l’ampleur qu’a prise l’affaire, que les parabènes finissent par être évincés des cosmétiques, nous devons rester vigilants sur la nature des substances qu’on nous proposera en remplacement.

Quelles solutions existent pour remplacer les parabènes ?

Les produits formulés à base d’eau et sans autre conservateur doivent au moins contenir de l’alcool afin de les préserver d’une dégradation bactérienne. Or les dérivés alcooliques peuvent irriter les peaux sensibles. D’autres produits utilisent des huiles essentielles dont l’efficacité n’est plus à prouver, mais elles provoquent facilement des réactions allergiques.

Il y a eu des tests pour appliquer aux cosmétiques le principe de la stérilisation UHT du lait, qui consiste à exposer le produit successivement à une température très élevée puis très basse. Si cette méthode permet d’éviter de recourir aux conservateurs, elle détruit ou rend inutilisable une bonne partie des principes actifs !

Au-delà, c’est le flou d’un grand nombre de substances encore à l’étude et sur lesquelles nous n’avons absolument aucun recul. C’est là que se situe le problème. Les parabènes sont utilisés depuis près d’un demi-siècle, ce qui laisse un recul important pour évaluer d’éventuels effets, au contraire des substances présentées comme plus sûres qu’on leur oppose mais sur lesquelles on a finalement peu de données. En somme, on n’a pas encore trouvé de conservateur à la fois aussi efficace, peu allergisant et bon marché.

On peut se demander si une certaine frange de l’industrie cosmétique n’aurait pas tiré profit de cette controverse sur les parabènes. A l’instar des produits alimentaires estampillés sans gluten, c’est un effet de mode aux retombées commerciales évidentes, davantage qu’une véritable préoccupation de santé. Car « sans parabène » ne veut pas dire sans conservateur, ni même sans conservateur d’origine synthétique. En fait, il n’existe aucune substance qui n’est allergisante pour personne.

Une société de cosmétiques déclarait récemment : « Nous avons bien conscience des questions que cela peut susciter dans un contexte de polémique autour de l’utilisation de ces conservateurs, mais c’est en connaissance de cause que nous avons choisi d’utiliser ces substances dans nos produits. Les retirer aujourd’hui serait plus une opération de communication qu’une réelle décision d’ordre sanitaire. » Un discours aujourd’hui tenu par de nombreux acteurs professionnels, y compris pour des produits naturels ou écologiques.

Les consommateurs sont inquiets et scrutent les compositions. Les vendeurs, par manque d’information fiable, ne savent pas toujours quoi répondre. Et tout le monde s’interroge sur la présence de parabènes dans des produits pourtant biologiques. Devant les proportions prises par la controverse, il apparaît important de séparer les rumeurs des faits établis, et aussi de resituer les véritables enjeux.

Quelle est l’origine de cette substance ?

 

Un parabène est un parahydroxybenzoate d’alkyle, c’est-à-dire un ester résultant de la condensation de l’acide parahydroxybenzoïque avec un alcool. Cette molécule synthétisée en laboratoire se retrouve également dans la nature, notamment dans certains aliments comme les fruits rouges, les haricots, les oignons et certaines céréales. En fait, tous les végétaux sont capables de produire de petites quantités d’acide p-hydroxybenzoïque. Les plantes sont bien connues pour synthétiser les substances qui leur sont nécessaires pour se prémunir des agressions.

 

Par ailleurs, les parabènes sont naturellement présents dans le corps humain en tant que précurseur du coenzyme Q10 (voir l’article qui en parle). Notre organisme n’a aucune difficulté à en évacuer les excès.

 

De nombreux fabricants utilisent des plantes pour stabiliser leurs produits, mais les mentions sur l’étiquette sont normalisées et ne permettent pas au consommateur de savoir s’il s’agit de parabènes d’origine naturelle ou synthétique. La différence est pourtant cruciale pour le métabolisme (voir le livre « Cœur de nutrition » p. 60)

 

Ceci dit, ce n’est pas parce que c’est d’origine naturelle que c’est inoffensif pour l’organisme humain. Ce qui va faire la différence est surtout la quantité. De très faibles quantités sont suffisantes pour stabiliser des produits de qualité. Les quantités présentes dans de nombreux médicaments et même certains produits alimentaires sont nettement plus importantes. Cette omniprésence des parabènes est complètement éludée du débat porté par les associations de consommateurs sur le terrain des cosmétiques.

 

Le problème est que les crèmes constituent un milieu aqueux dans lequel les bactéries se développent facilement et risquent de corrompre le produit. Voilà déjà une cinquantaine d’années qu’on utilise les parabènes pour empêcher cela.

 

Pourquoi les parabènes sont à présent suspectés d’être cancérigènes ?

 

En 2004, l’AFSSAPS publiait un bilan mentionnant que « des études in vitro sur des modèles cellulaires ont mis en évidence les propriétés œstrogéniques des parabènes qui pourraient expliquer l’augmentation de l’incidence des tumeurs cancéreuses ».

 

La polémique est arrivée avec les travaux du Docteur Philippa DARBRE, cancérologue à la Reading University au Royaume-Uni. Les résultats montraient que sur 20 échantillons de tumeurs du sein, 18 contenaient des traces de parabènes. L’étude a fait grand bruit et a été rapidement récupérée alors qu’il y avait lieu d’être très prudent.

 

D’une part, aucune comparaison avec des tissus sains n’a été effectuée. Pour établir un lien avec le cancer, il faudrait au moins savoir si les cellules saines contiennent aussi des traces de parabènes et en déterminer l’origine. Les quantités relevées sont très faibles comparées aux quantités présentes dans certains médicaments pris oralement. D’ailleurs, les parabènes observés dans la tumeur ne pourraient-ils pas provenir du traitement anticancéreux ?

 

D’autre part, l’échantillon de patients n’est pas représentatif, aucune mention n’est faite de la tranche d’âge des patients soumis à l’étude ni de la durée de cette étude. Une étude épidémiologique conduite ultérieurement sur des femmes présentant un cancer du sein n’a pas mis en évidence de relation entre cette pathologie et l’utilisation de produits cosmétiques. A ce jour, l’incidence des parabènes sur le cancer n’a toujours pas été prouvée.

 

Doit-on alors s’inquiéter de leur présence dans les cosmétiques ?

 

Chimiquement, on peut distinguer les parabènes à chaîne longue (butyl et isobutyl-paraben) de ceux à chaîne courte (éthyl et méthyl-paraben). Les études les plus récentes in-vitro et sur animaux semblent indiquer que les parabènes à chaine longue présentent des caractéristiques proches de celles des œstrogènes. A ce titre, ils pourraient exercer une influence mineure sur le système endocrinien, sans toutefois montrer d’effets sur les organes reproducteurs. A titre de précaution, on pourrait au moins éviter cette classe de parabènes. En revanche, une telle activité n’a pas été observée sur les parabènes à chaîne courte.

 

Le méthyl-paraben et l’éthyl-paraben sont les plus couramment utilisés. Ils sont présents dans 80% des cosmétiques en raison de leur efficacité antimicrobienne et de leur relative innocuité. Ils sont efficaces à faible concentration. Les réactions d’irritation, d’hypersensibilité sont quasi-nulles sur une peau normale et aux doses normales.

 

Ils sont peu enclins à s’accumuler dans les tissus cutanés parce qu’ils sont facilement hydrolysés, c’est-à-dire dégradés dans l’eau grâce à la dissociation ionique des molécules d’eau. Plusieurs études ont montré cette dégradation des parabènes après leur application sur la peau, bien que de faibles quantités soient effectivement absorbées.

 

Où en est la réglementation ?

 

Les parabènes était jusqu’à ce jour réglementés par la directive européenne 76/768/CE, transposée en droit français le 6 février 2001. Elle fixe notamment les doses à ne pas dépasser.

 

Le 3 mai 2011, l’assemblée nationale a adopté en première lecture un texte de loi qui stipule que « la fabrication, l’importation, la vente ou l’offre de produits contenant des phtalates, des parabènes ou des alkylphénols sont interdites ». Mais ce texte doit ensuite être voté par le Sénat. Le gouvernement n’y est pas favorable et pourrait faire pression. Par ailleurs, s’agissant d’un domaine réglementé par l’Union Européenne, il faudra encore que celle-ci ne s’oppose pas à ce qui pourrait faire figure d’exception française.

 

Rien n’est donc encore joué pour les parabènes. Même s’il est probable, devant l’ampleur qu’a prise l’affaire, que les parabènes finissent par être évincés des cosmétiques, nous devons rester vigilants sur la nature des substances qu’on nous proposera en remplacement.

 

Quelles solutions existent pour remplacer les parabènes ?

 

Les produits formulés à base d’eau et sans autre conservateur doivent au moins contenir de l’alcool afin de les préserver d’une dégradation bactérienne. Or les dérivés alcooliques peuvent irriter les peaux sensibles. D’autres produits utilisent des huiles essentielles dont l’efficacité n’est plus à prouver, mais elles provoquent facilement des réactions allergiques.

 

Il y a eu des tests pour appliquer aux cosmétiques le principe de la stérilisation UHT du lait, qui consiste à exposer le produit successivement à une température très élevée puis très basse. Si cette méthode permet d’éviter de recourir aux conservateurs, elle détruit ou rend inutilisable une bonne partie des principes actifs !

 

Au-delà, c’est le flou d’un grand nombre de substances encore à l’étude et sur lesquelles nous n’avons absolument aucun recul. C’est là que se situe le problème. Les parabènes sont utilisés depuis près d’un demi-siècle, ce qui laisse un recul important pour évaluer d’éventuels effets, au contraire des substances présentées comme plus sûres qu’on leur oppose mais sur lesquelles on a finalement peu de données. En somme, on n’a pas encore trouvé de conservateur à la fois aussi efficace, peu allergisant et bon marché.

 

On peut se demander si une certaine frange de l’industrie cosmétique n’aurait pas tiré profit de cette controverse sur les parabènes. A l’instar des produits alimentaires estampillés sans gluten, c’est un effet de mode aux retombées commerciales évidentes, davantage qu’une véritable préoccupation de santé. Car « sans parabène » ne veut pas dire sans conservateur, ni même sans conservateur d’origine synthétique. En fait, il n’existe aucune substance qui n’est allergisante pour personne.

 

Une société de cosmétiques déclarait récemment : « Nous avons bien conscience des questions que cela peut susciter dans un contexte de polémique autour de l’utilisation de ces conservateurs, mais c’est en connaissance de cause que nous avons choisi d’utiliser ces substances dans nos produits. Les retirer aujourd’hui serait plus une opération de communication qu’une réelle décision d’ordre sanitaire. » Un discours aujourd’hui tenu par de nombreux acteurs professionnels, y compris pour des produits naturels ou écologiques.

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Diplômé en médecine nutritionnelle et fonctionnelle, formé aux techniques de psychothérapie brève, il exerce en cabinet libéral près d'Orléans. Il anime régulièrement des conférences en micronutrition auprès d’entreprises du secteur santé. Il est l'auteur de trois livres et de plusieurs articles scientifiques.

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