Probiotiques : perte ou prise de poids ?

Lancée en 2009 par le chercheur Didier Raoult, une polémique est régulièrement entretenue autour du lien entre bactéries probiotiques et obésité. Des bactéries observées en nombre excessif dans la flore intestinale des personnes obèses seraient les mêmes qu’on retrouve dans certains produits laitiers. Les mêmes aussi qui serviraient à engraisser certains animaux d’élevage, poulets et porcs notamment. Des propos vite déformés par certains médias sans doute en quête de sensationnel, jusqu’à éclabousser le monde des compléments alimentaires et mettre en doute l’innocuité des probiotiques.

Des amalgames et des erreurs de classification

Plusieurs études ont confirmé des différences significatives entre la flore intestinale des personnes obèses et celle des autres personnes. Nous devons être très précis sur les familles et les souches de bactéries dont il est question. Dans ce domaine, les approximations sont inacceptables. Si les bactéries retrouvées à la fois chez l’obèse et dans les probiotiques figurent parmi les lactobacilles et les bifidobactéries, précisons qu’il ne s’agit pas des mêmes souches.

Les bactéries identifiées chez l’obèse sont classées parmi les firmicutes. Les probiotiques utilisés comme activateurs de croissance dans les élevages industriels appartiennent à cette classe. En réalité, ils sont surtout utilisés pour améliorer le fonctionnement des intestins. Il semble logique que des animaux dont les intestins absorbent mieux les nutriments prennent plus de poids, la viande ne provient pas d’animaux chétifs. Quant aux souches utilisées traditionnellement pour la fabrication du yaourt, comme Bulgaricus ou Fermentum, elles n’ont pas d’effet probiotique reconnu. Tout au plus peuvent-elles améliorer la digestion du lactose.

Si les lactobacilles incriminés appartiennent aux firmicutes, il ne s’agit pas des mêmes souches utilisées dans nos gélules de probiotiques. Quant aux bidifobactéries, les classer parmi les firmicutes est une erreur puisqu’elles appartiennent à la famille des actinobactéries.

Enfin, il n’a jamais été démontré que les sujets obèses abritent dans leurs intestins davantage de bactéries probiotiques. Il est seulement avéré que des changements dans la composition de la flore intestinale sont capables de favoriser la prise de poids. Certaines bactéries favorisent une extraction excessive des sucres et des graisses du bol alimentaire. Cela nous invite surtout à veiller à l’équilibre de notre flore intestinale.

D’étroites relations avec la muqueuse intestinale

Des produits laitiers en eux-mêmes et surtout de leur surconsommation, rien n’est dit. On ne saurait éluder la responsabilité des protéines de lait, des graisses saturées, du lactose qui se transforme en sucre, sans compter les quantités de sucre qui sont ajoutées. Le rôle de ces nutriments dans la prise de poids, mais aussi dans la perturbation de la fonction barrière des intestins, n’est plus à prouver.

L’influence des bactéries sur l’assimilation des nutriments et le métabolisme énergétique dépend d’une interaction triangulaire complexe entre l’alimentation, la flore intestinale et les cellules de la muqueuse. A ce niveau, tout rentre en ligne de compte : l’intégrité de la barrière intestinale, l’immunité, la génétique et même les implications neurologiques comme le stress. Aussi, attribuer aux firmicutes la responsabilité de l’obésité est un raccourci plus qu’hasardeux. D’autant que de nombreuses bactéries ont encore un rôle mal identifié et ne sont pas nécessairement cultivables en laboratoire.

En parallèle des changements de composition de la flore intestinale, la recherche scientifique a justement montré une altération de la muqueuse intestinale. L’apport de prébiotiques (comme l’aloe vera) est connu pour favoriser le développement des bifidobactéries. Ces bonnes bactéries se montrent capables de calmer l’inflammation et de réduire la perméabilité de la muqueuse  intestinale.

Des probiotiques plutôt reconnus pour aider à garder la ligne

A ce jour, aucun cas avéré de prise de poids suite à la prise de probiotiques n’a été rapporté. Au contraire, la littérature scientifique récente fait largement état du rôle des probiotiques dans l’accompagnement de la perte de poids. Ils ont fréquemment leur place, à juste titre, dans les cures minceur.

Nous savons que la flore intestinale se construit à la naissance à partir de celle de la mère, puis avec l’allaitement. Les chercheurs de l’université de Turku en Finlande ont présenté leur étude au congrès européen de l’obésité en 2009. Un panel de 256 femmes enceintes de moins de 3 mois a été réparti en trois groupes. Le premier a reçu des probiotiques (Lactobacillus LGG et Bifidobacterium lactis) accompagnés de conseils alimentaires ; le deuxième groupe a reçu les conseils et des gélules de placebo ; le troisième groupe a reçu uniquement les gélules de placebo. Le traitement s’est poursuivi jusqu’au sixième mois après l’accouchement. Les résultats, relevés un an après, ont montré une nette diminution des cas d’obésité dans le groupe ayant reçu les probiotiques.

Comprenons bien que les souches de bactéries utilisées dans certains produits laitiers ne sont pas les mêmes qui sont sélectionnées dans les gélules de probiotiques. Parmi les critères très stricts, les probiotiques doivent exercer un effet bénéfique sur l’hôte. Lorsqu’ils parviennent dans les intestins, les probiotiques exercent des effets dans la lumière intestinale, sur les cellules de la paroi et sur l’ensemble de l’écosystème intestinal. Au cours de leur évolution, ils influencent positivement le transit,  la dégradation des aliments et l’immunité (voir le chapitre « écosystème intestinal » du livre cœur de nutrition)

 

Vous aimez ce contenu, partagez-leShare on Facebook0Share on Google+0Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0Email this to someone

Diplômé en médecine nutritionnelle et fonctionnelle, formé aux techniques de psychothérapie brève, il exerce en cabinet libéral près d'Orléans. Il anime régulièrement des conférences en micronutrition auprès d’entreprises du secteur santé. Il est l'auteur de trois livres et de plusieurs articles scientifiques.

4 thoughts on “Probiotiques : perte ou prise de poids ?

  1. Merci Dimitri pour cette article. Ce qui me permètra dorénavant de mieux expliquer le bienfait de la probiotic à des clients qui seront dans le doute.

    Merci bien amicalement.

  2. Bonjour,
    A ce que je sache alors il y a les probiotiques qui font prendre du poids et d’ autres qui produisent l’effet contraire, comment on peut les distinguer? Sinon on privilégie quelles sortes d’aliment pour perdre du poids?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *